Dominique Caubet est LA référence universitaire française en matière de "darija", dialecte marocain. Linguiste éminente et professeur
aux Langues'O à Paris, elle est également sorti des sentiers battus et s'est intéressée à l'influence de l'arabe maghrébin dans le "parler" des cités.
Elle s'intéresse également au souffle nouveau qui soulève la jeunesse marocaine depuis quelques années. Elle vient d'écrirer un film
sur le sujet "Casanayda" réalisé par Farida Belyazid.
En effet, depuis une dizaine d'années, a émergé une culture "underground" marocaine, principalement casablancaise, qui s'est illustrée
en premier lieu dans la musique par le biais du Festival L'Boulevard des Jeunes Musiciens. Hip-hop, rap, fusion, rock : des musiques tout à fait marginales jusqu'alors ont fait parler d'elles. Et
surtout, alors que la culture reste avant tout l'apanage des institutions, le Festival L'Boulevard (par l'action de ses deux fondateurs Hicham Bahou et Mohammed Merhari) a réussi à proposer à un
public large et en quête de nouveaux horizons culturels, une musique indépendante du pouvoir et des autorités.
Cette "Nayda" (sorte de "movida" marocaine) n'est pas que musicale. Elle est également vestimentaire, cinématographique et
médiatique.
Toutefois, elle n'a pas entraîné de prise de conscience politique, ni de boulerversements sociaux à proprement parler. Par exemple,
c'est un mouvement qui reste tout de même très "masculin" et n'arrive que très peu à remettre en question les rapports hommes/femmes. De plus, la "Nayda" est essentiellement casablancaise. Si on
trouve des groupes de rap à Fès ou à Tétouan, pour autant, ce mouvement de jeunesse n'y est pas le même qu'à Casa.
Pour revenir à Dominique Caubet, elle suit ça de près et souhaite que son film soit diffusé un peu partout pour que les gens se
fassent une autre idée du Maroc. Entre les palmiers, les ryads et le soleil d'un côté et les islamistes de l'autre, il y a autre chose...
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Hier, journée à Casa pour y préparer le Salon du Livre qui aura lieu en février. De ce genre de journée de travail pendant laquelle on
a l'impression de ne rien faire et où l'on fait tout. Bref, une journée relations publiques.
11h00 : RDV avec la directrice commerciale d'une des grosses boîtes de diffusion de livres français au Maroc. Négociations d'encarts
publicitaires pour notre brochure.
12h30 : départ dans le gros 4x4 flambant neuf de la directrice commerciale pour un resto huppé de la Corniche de Casa. Nous sommes
invités bien sûr - je n'ose pas prendre le homard qui bouge ses pinces sur le plateau à côté de moi, malgré l'insistance de notre hôte.
15h00 : après avoir passé de multiples portes/barrages/frontières, nous pénétrons dans le Consulat Général de France. Le Consul nous
reçoit dans son bureau qui domine la Place Mohammed V, avec le Palais de Justice, l'Eglise du Sacré-Coeur. De sa terrasse, nous avons une vue panoramique et une perspective "cavalière" sur la
croupe du cheval de Lyautey, statue du meilleur goût déplacé après l'Indépendance du milieu de la place au jardin du Consul. Le Consul nous explique que pendant le Protectorat, cet endroit était
déjà celui du commandement français et que la place était parsemée de tentes qui se sont transformées par la suite en administration. Objet de la visite : l'organisation d'un cocktail
dans sa résidence.
16h30 : Institut Français. Début du travail de fond avec l'équipe organisatrice du stand France au Salon. Ce n'est pas une mince
affaire : incertitude sur la venue des auteurs, incertitude sur leurs dates, problèmes de calendrier pour caler réceptions et événements littéraires, difficulté pour anticiper la communication,
etc.
18h00 : Départ de Casablanca
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Je suis ami avec Anas depuis le Salon du Livre de Casablanca en février dernier. Anas a la trentaine, il est libraire.
Anas a connu la jeunesse d'un Casablancais né dans un quartier populaire de la capitale économique du Royaume, Hay Salam, de l'autre
côté de l'autoroute. Son père, ne voulant pas divorcer d'avec sa première femme, est devenu polygame. Toute la famille habite dans un immeuble construit il y a 30 ans et désormais entouré
anarchiquement par d'autres immeubles bien plus grands.
Contraint par sa famille, Anas a passé une licence d'études islamiques, après quoi, il s'est orienté vers la communication. Il a
découvert aussi la littérature et des auteurs qui ont bouleversé sa vie, dont Nietzsche. Il a entrepris sa "révolution" en douceur et a décidé de mener sa vie comme il l'entendait.
Il n'en reste pas moins profondément attaché à sa famille, avec laquelle il vit encore. Mais, il refuse de se marier avec n'importe
quelle femme.
Il a appris un métier et découvert une vraie passion dans une des rares librairies francophones dont l'un des objectifs est de faire
aimer le livre. Car les libraires au Maroc sont encore trop souvent des marchands, avant d'être des amoureux de l'écrit.
Anas veut désormais créer sa propre librairie et je l'aiderais tant que je peux dans cette entreprise. Nous avons fait chacun un pas
vers l'autre pour nous comprendre.
Je ne connais pas beaucoup de personne comme lui, avec cette clairvoyance et cette force pour remettre en cause une éducation et une culture, sans pour autant la bousculer tout à fait. Peu de
Marocains ou de Français seraient capables d'un tel parcours.
Grâce à l'Ambassade de France, il part dimanche pour la première fois du Maroc. Il va suivre pendant une semaine une formation à
Marseille dans une librairie. Il vient de m'appeler pour me dire qu'il avait obtenu ce foutu visa, sésame vers l'ailleurs. Il m'a dit : "j'espère que je serais à la hauteur". Je lui ai répondu
qu'il n'y avait pas à être à la hauteur d'un visa et que j'étais heureux pour lui. La France, c'est une bouffée d'air.
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Afin de m'aérer le corps et l'esprit, je me suis inscrit dans une salle de sport d'un quartier huppé de Rabat, Hay Riad. Les salles de
sport, c'est pas ce qui manque ici, avec aérobic, arts martiaux et musculation.
Mais, je cherchais une piscine... Et aller à la piscine à Rabat, c'est un luxe. Il faut être coopter par un cheminot (pour entrer au
Club des Cheminots), par un militaire (pour entrer au Club des Forces Armées Royales), etc.
Donc, j'ai décidé d'entrer dans le cercle très fermé des membres du club "Lady and Men Fitness"... J'aurais donc vraiment tout fait au
Maroc, y compris fréquenter la haute bourgeoisie marocaine à distance de tapis ou de cardios. Je dois certainement suer
en coeur avec des chefs d'entreprise et des ministres sans le savoir.
On y parle français et l'arabe semble quasi banni de ce genre d'endroit, sauf pour rappeler que l'on n'est pas à Neuilly, mais bien au
Maroc. Malgré la maîtrise parfaite du français par tout ce gratin, certains mots arabes semblent ne pas vouloir s'extraire de la conversation comme l'indispensable "f" (qui signifie "dans)
dont on peut voir une utilisation dans la phrase labellisée "moroccan upper class" : "il n'y a pas d'eau chaude f-les douches" (qu'on pourrait traduire dans un autre contexte par : "ma kayn ch
l-ma skhun f-les douches"). Mais, les sportifs de Hay Riad se musclent en français.
Hier, il pleuvait. Un employé nous attendait à la porte pour nous raccompagner à notre voiture avec un parapluie. On a tout de même
préféré courir à la voiture avec notre serviette sur la tête...
J'aurais vraiment tout vu...
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