but du blog

Parti travailler deux ans au Maroc, je livre ici mes impressions et donne de mes nouvelles dans ce pays fabuleux qui, quand il vous a touché au coeur, ne se déprend plus de vous...

AVERTISSEMENT : Ce blog est exclusivement réservé à mes proches et amis. Les informations qui s'y trouvent sont à caractère privé et n'ont pas à être exploitées et diffusées par ailleurs, même en partie. Si vous désirez transmettre l'adresse de ce blog à une de vos connaissances, merci de m'en faire la demande avant. Bonne lecture !

Le pluriel est ici de rigueur pour désigner la langue de communication des arabophones. Il existe non pas un, mais des dialectes arabes, que l'on peut regrouper sous différentes grandes tendances, même si chaque pays, voire chaque région, a ses spécificités dialectales :

 

LES GRANDES FAMILLES DE DIALECTES

 

- le dialecte maghrébin : Algérie, Tunisie, Maroc : qui a subit l'influence du français, du berbère et de l'espagnol

- le dialecte égyptien : qui jouit d'une grande popularité dans l'ensemble du monde arabe, du fait de la production importante de films et de musiques égyptiennes et de la place de l'Egypte dans l'histoire des pays arabes au XXème siècle (notamment avec le "nationalisme arabe" de Gamel Abdel Nasser)

- le dialecte syro-libanais-palestinien : qui jouit aussi d'une grande audience grâce aux arts (littérature, musique), mais aussi par le biais de l'actualité géopolitique

- le dialecte du Golfe : assez proche de l'arabe classique

Cette classification est en partie insatisfaisante parce qu'elle laisse de côté certains dialectes (mauritanien, soudanais, etc.) et parce qu'elle ne rend pas assez compte de la diversité du phénomène dialectal dans le monde arabe.

 

DES DIFFERENCES MARQUEES ENTRE LES DIALECTES...

 

Exemple :

français : Demain, j'irai voir le joli marché ;

arabe littéral : Ghaden, sa' adh-habou li-ru'yat is-souqi el-jamil ;

tunisien : Ghodwa, bèch nemchi nchouf es-souq el-bêhî ;

algérien : Ghodwa, nrouh nshouf al-souk al-mlih ;

marocain : Gheda, nemchi nshouf es-soq e-zwine ;

égyptien : Bokra, rayeha 'ashouf al-sou' al-gamîl ;

libanais : Bukra, ana rayeha shouf al-s-sou' el-helo.

(source "wikipédia")

 

... MAIS AUSSI DES SIMILITUDES

 

- le système phonétique est plus riche que celui de l'arabe classique et la gamme des voyelles est plus nuancée

- mais, plus un parler est évolué et plus les jeux vocaliques tendent à disparaître :

                           > l'usure des finales provoque la chute des voyelles,

                          > la syntaxe de position rend inutiles les désinences casuelles

                         > les voyelles brèves internes s'usent à leur tour et disparaissent

- la morphologie est simplifiée

- le vocabulaire de base se retrouve dans l'arabe classique, mais les parlers utilisent aussi une masse de mots vivants qui proviennent

                       > de racines tombées ailleurs en désuétude,

                      > de formations spontanées

                     > ou d'emprunts à des langues étrangères qui demeuraient vivantes sur le même sol.

 

(sources : Charles Pellat, Langue et littérature arabes)

 

Les différences entre dialecte s'expliquent en grande partie par des différences de prononciation (les Egyptiens prononcent le "J" en "G" dur, tandis que les Libanais ne prononcent pas le "Q", etc.), par des choix de vocables en excluant d'autres et par une proximité plus ou moins grande avec le centre historique de l'arabe qui est la Péninsule arabique. A l'évidence, les pays les plus éloignés de l'Arabie Saoudite (et donc envahis par les armées arabes en dernier) sont ceux qui présentent les dialectes les plus éloignés de l'arabe classique (ex : le Maroc).

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Difficile de décrire une langue, sa spécifité propre, ce qui en fait sa beauté et sa complexité... Heureusement, des spécialistes de linguistique s'y sont essayés avec succès.

 

ARABE, UNE LANGUE SEMITIQUE

 

 

"L'arabe appartient au groupe [des langues sémitiques qui] tous remontent à une même origine, le sémitique comun [...] auquel nous n'avons guère accès. [...] La plupart des racines sont constituées par trois éléments consonantiques ou sonantiques autour desquels s'établit l'équilibre ; ainsi, pour devenir trilitère, les mono- et bilitères tendent à s'étoffer, les quadrilitères, et plus, à s'abréger. Les consonnes sont prépondérantes, et les jeux vocaliques n'interviennent que pour marquer des variations sémantiques. Des préfixes, des infixes et des suffixes s'ajustent au radical pour nuancer le sens fondamental qu'il implique. Dans le verbe, la notion est introduite secondairement, alors que l'aspect (accompli / inaccompli) est primordial."

Charles PELLAT, Langue et littérature arabes (Armand Colin), 1970

 

Mais, lorsqu'on a dit ça, on n'a encore rien dit (précisons tout de même au passage que hébreu et arabe sont des langues soeurs).

 

28 PHONEMES

 

L'arabe classique s'écrit de droite à gauche et compte 28 phonèmes :

- 25 consonnes

- 3 phonèmes qui peuvent être à la fois des consonnes ou des voyelles "longues" : â, û, î

La variante "brève" de ces trois voyelles (a, u, i) est notée grâce à système de petits signes sous/sur la lettre après laquelle la voyelle se prononce.

Ces voyelles brèves ne sont écrites que dans les ouvrages sacrés (Coran), la poésie ancienne, certains textes difficiles, les livres pour enfants ou quand il est impossible de replacer ces voyelles dans le mot. Dans la graphie usuelle (journaux, littérature, etc.), c'est au lecteur de les restituer, ce qui suppose que "pour lire correctement un texte arabe, il faut d'abord le comprendre, mais comme pour le comprendre, il est nécessaire de le lire correctement, on se trouve en présence d'un cercle vicieux des plus insistants" (Charles Pellat).

ex : le mot "écrivain" se dit "kâtib" avec un "â"  long et un "i" court, ce qui suppose qu'à l'écrit, si l'on ne connait pas le mot, on peut voit "KATB", ce qui peut se lire "kâtib", "kâtub", kâtab".

 

 

 

SCHEME ET RACINE

 

 

 

Ces deux notions sont indispensables pour comprendre le fonctionnement de l'arabe.

 

Tout, d'abord, la racine. Tout mot arabe est composé d'une racine, c'est-à-dire d'une base de trois phonèmes (XYZ)qui évoque une notion précise.

ex : "KTB" : la notion d' "écriture", "DRS" : la notion d' "étude", "HKM" : la notion de pouvoir.

 

Mais, impossible de créer un mot à partir d'une racine, sans un schème. Les schèmes permettent de construire les mots selon une structure précise qui indique la nature du mot. Ces schèmes se construisent grâce à l'introduction entre les trois phonèmes de la racine de voyelles longues et courtes.

Il existe plusieurs schèmes courants en arabe :

- le participe actif, c'est-à-dire, "celui qui fait" : XâYiZ

ex : le participe actif de "KTB" est "KâTiB"(كاتب), c'est-à-dire "celui qui écrit", "l'écrivain", "le secrétaire"

- le participe passif, c'est-à-dire, "ce qui est fait" : maXYûZ

ex : le participe passif de "KTB" est "maKTûB"(مكتوب), c'est-à-dire "ce qui est écrit", et de manière imagée "le destin"

- le verbe (l'infinitif n'existe pas en arabe, on donne en forme "type" du verbe, la troisième personne du singulier masculin de l'accompli, c'est-à-dire du passé) : XaYaZa

ex : le verbe de "KTB" est "KaTaBa" (كتب), c'est-à-dire "écrire" ou plus exactement "il a écrit"

- le lieu : maXYaZa

ex : le lieu de "KTB" est 'maKTaBa" (مكتبة), c'est-dire "bibliothèque"

 

Et, ceci n'est qu'un simplification à l'extrème de la réalité de la langue. Et je m'éponge le front en espérant que mes explications sont claires...

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Tous les pays arabes pratiquent une diglossie (l'espace du langage est divisé en deux champs de communication bien distincts) entre l'arabe littéral et un arabe dialectal.

 

 

 

ARABE LITTERAL OU ARABE CLASSIQUE

 

 

 

Usage écrit, savant, qui est resté soumis pendant des siècles  à une norme intangible pour assurer la diffusion du message coranique et des valeurs de la civilisation arabo-musulmane".

Reste encore, dans tous les pays arabes, la langue principale de l'écrit (journaux, littérautre, correspondance), des médias (télévision et radio) ainsi que des communications officielles (conférences, discours).

 

ARABE DIALECTAL

 

 

 

Usages oraux relevant d'un autre état de la langue qui ont connu dans le temps et dans l'espace des évolutions spécifiques ; ont répondu et répondent encore aux nécessités de la communication dans la vie quotidienne, aussi bien pour les lettrés que pour les illettrés .

La communication orale entre deux arabophones de pays différents parlant chacun son dialecte se fera plus ou moins facilement.

 

 

LA DIGLOSSIE 

 

 

Dans les deux cas, on a toujours affaire de l'arabe, mais l'apprentissage de l'un ne permet pas de connaître l'autre. De plus, le statut de ces deux langues est tellement différent qu'il existe, dans l'esprit de tout arabophone, une frontière indestructible entre les deux (quelque soit son dialecte ou sa classe sociale).

On ajoutera que dans l'esprit des peuples arabes,

1) d'une part, l'arabe littéral a l'immense privilège d'être une langue sacrée, ce qui rend difficile son adaptation aux situations du quotidien et aux évolutions sociales ;

2) d'autre part, les dialectes arabes, en tant que langues uniquement orales, sont apparentés parfois à des "argots" et non à de véritables langues. Cette dévalorisation des dialectes au profit de l'arabe classique est évidemment en grande partie le fait des régimes politiques en place pour des raisons que l'on devine.

Précisons enfin que, dans certains pays arabes, cette diglossie se transforme en triglossie avec notamment la persistance des anciennes langues des colonisateurs (français, espagnol ou encore anglais) ou avec la particularité des langues berbères au Maghreb.

 

Sources : 

NEYRENEUF Michel, CANAMAS Christine, BAKRI Mohammad, L'arabe d'aujourd'hui en 90 leçons (Le Livre de Poche)

LACOSTE Camille et Yves (dir.), Maghreb, peuples et civilisations (La Découverte), 2004

 

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" Arabe réfère à une ethnie concentrée dans la Péninsule arabique jusqu'à l'avènement de l'islam et à l'émergence du fait coranique entre 610 et 632. Le phénomène de la conquête entre 632 et 800, a favorisé la dispersion des Arabes, mais davantage encore la promotion de l'arabe, langue du Coran, à la fonction de langue de civilisation. Jusqu'au début du 11ème siècle, tous les convertis à l'islam, mais aussi tous les musulmans vivant dans la "Mamlakat al-îslam", l'espace politique géré par un pouvoir musulman - le Calife ou l'Imâm - utilisent la langue arabe dès qu'il s'agit d'articuler un savoir et de le diffuser par écrit. Iraniens, Turcs, Berbères, Kurdes, Coptes, Andalous, Indiens, Juifs, Chrétiens, Zoroastriens, Manichéens, écrivent en arabe pour être admis dans la communauté savante. Nous avons ainsi une théologie juive, chrétienne d'expression arabe (exemple célèbre de Maïmonide) au même titre que la théologie musulmane. Dans le domaine de la philosophie et des sciences, l'unité est plus totale et bien moins discutée non seulement pour l'utilisation de l'arabe, mais également pour les outils de la pensée, l'appareil conceptuel et les horizons de sens. La notion d'humanisme arabe s'impose dans cette perspective linguistique et conceptuelle au même titre que la culture véhiculée par l'anglais dans le monde d'aujourd'hui."

Mohammed ARKOUN, Humanisme et Islam (Vrin) 2005, Paris

 

Aujourd'hui, 22 Etats (si l'on y comprend également la Palestine) sont membres de la Ligue Arabe : Algérie, Bahrein, Comores, Djibouti, Égypte, Émirats arabes unis, Irak, Jordanie, Koweït, Liban, Libye, Mauritanie, Maroc, Oman, Palestine, Qatar, Arabie saoudite, Somalie, Soudan, Syrie, Tunisie, Yémen.

 

A lire : Albert HOURANI, Histoire des peuples arabes (Seuil), 1990

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