J'ai rencontré le Professeur Mohamed El Medlaoui a un colloque d'historiens. M. Medlaoui enseigne la linguistique et les études
hébraïques à Rabat et a élaboré un manuel d'hébreu à l'usage des arabisants. Cette initiative est vraiment à saluer étant donné que l'hébreu et l'arabe sont des langues soeurs et que passer de
l'une à l'autre est vraiment facile si l'on a à sa disposition les bonnes clefs.
M. El Medlaoui m'a appris beaucoup de choses : qu'il existe un enseignement obligatoire d'hébreu dans les départements d'arabe et dans
ceux d'études islamiques. Ainsi, les élites religieuses formées par la Dar al Hadith al Hassaniyya doivent connaître l'arabe (ça paraît logique), mais aussi l'hébreu...
Par conséquent, cela montre que les rapports entre Judaïsme et Islam restent vivaces, même si les Juifs marocains ne sont plus très
nombreux dans le Royaume (selon le n°348 du magazine "Tel Quel" sur le judaïsme marocain - novembre 2008, les chiffres sont les suivants : 2000 à Casablanca, 170 à Marrakech, 140 à Fès,
110 à Meknès, 70 à Tanger, 50 à Rabat, 20 à Agadir, 12 à Safi, 6 à Kénitra, 5 à Tétouan).
Ajoutons qu'il existe à Casablanca des écoles juives dans lesquelles sont scolarisés des Juifs de toute confession.
La culture marocaine est multiple et la culture juive en fait partie. Il est vrai que les rapports interreligieux sont assez tendus à
l'heure qu'il est, notamment brouillés par le conflit israëlo-palestinien. Mais la persévérance d'humanistes et d'intellectuels tels que M. El Medlaoui permet de cultiver cette richesse et
ce pluralisme.
Pour en savoir plus, vous pouvez consulter le site du Musée du Judaïsme de Casablanca, très bien fait : www.casajewishmuseum.com.
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Hicham Lasri est un jeune écrivain et cinéaste.
La semaine dernière, il présentait à l'Institut Français de Rabat son film "L'Os de Fer", un road-movie de 3 jeunes Marocains en perte
de repères.
Malgré quelques longueurs, le film est remarquable par sa maîtrise technique et par ses idées novatrices. Le tournage a duré 13 jours
avec un budget limité : le résultat n'en est que plus incroyable...
Le problème d'un film comme "L'Os de Fer", c'est sa distribution. En effet, aucune salle traditionnelle n'accepterait de le
diffuser. Par contre, il circule assez bien dans les festivals, ce qui a pour conséquence paradoxale de faire connaître davantage la "nouvelle vague" marocaine en dehors du Maroc qu'à l'intérieur
du Royaume.
Pour en savoir plus, vous pouvez consulter le blog d'Hicham Lasri : http://hicham-lasri.over-blog.com
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Dominique Caubet est LA référence universitaire française en matière de "darija", dialecte marocain. Linguiste éminente et professeur
aux Langues'O à Paris, elle est également sorti des sentiers battus et s'est intéressée à l'influence de l'arabe maghrébin dans le "parler" des cités.
Elle s'intéresse également au souffle nouveau qui soulève la jeunesse marocaine depuis quelques années. Elle vient d'écrirer un film
sur le sujet "Casanayda" réalisé par Farida Belyazid.
En effet, depuis une dizaine d'années, a émergé une culture "underground" marocaine, principalement casablancaise, qui s'est illustrée
en premier lieu dans la musique par le biais du Festival L'Boulevard des Jeunes Musiciens. Hip-hop, rap, fusion, rock : des musiques tout à fait marginales jusqu'alors ont fait parler d'elles. Et
surtout, alors que la culture reste avant tout l'apanage des institutions, le Festival L'Boulevard (par l'action de ses deux fondateurs Hicham Bahou et Mohammed Merhari) a réussi à proposer à un
public large et en quête de nouveaux horizons culturels, une musique indépendante du pouvoir et des autorités.
Cette "Nayda" (sorte de "movida" marocaine) n'est pas que musicale. Elle est également vestimentaire, cinématographique et
médiatique.
Toutefois, elle n'a pas entraîné de prise de conscience politique, ni de boulerversements sociaux à proprement parler. Par exemple,
c'est un mouvement qui reste tout de même très "masculin" et n'arrive que très peu à remettre en question les rapports hommes/femmes. De plus, la "Nayda" est essentiellement casablancaise. Si on
trouve des groupes de rap à Fès ou à Tétouan, pour autant, ce mouvement de jeunesse n'y est pas le même qu'à Casa.
Pour revenir à Dominique Caubet, elle suit ça de près et souhaite que son film soit diffusé un peu partout pour que les gens se
fassent une autre idée du Maroc. Entre les palmiers, les ryads et le soleil d'un côté et les islamistes de l'autre, il y a autre chose...
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